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Cette sensation, il faut la vivre …

Olivier, 28 ans, musicien, Paris

Que faites-vous dans la vie ?

J’ai deux activités dans la vie : j’ai mon activité artistique, la musique, et j’ai mon activité professionnelle qui est conseiller de vente.

Quel genre d’enfant étiez-vous ?

J’étais un peu turbulent, mais timide et discret.

A quel moment avez-vous voulu faire de votre passion votre métier ?

J’ai su très tôt que je devais avoir un job alimentaire pour pouvoir pratiquer ma passion, la musique. C’est un milieu très difficile, il y a beaucoup d’artistes qui ne vivent pas de leur art malgré leur talent. J’ai donc choisi ce compromis qui me permet de pouvoir continuer à faire de la musique et de gagner de l’argent en même temps. La musique a toujours fait partie de ma vie.

Faites-vous partie d’un groupe ou vous faites-vous une carrière solo ?

J’ai ma carrière solo, mais j’ai aussi intégré un collectif de rap, le Eddie Hyde. Nous sommes une dizaine d’artistes.

Pourquoi avez-vous choisi de vous exprimer par la musique ?

La musique est très abstraite et impalpable, elle permet d’exprimer beaucoup d’émotions. A partir de rien on peut commencer à construire quelque chose.

Savez-vous jouer d’un instrument ?

Je ne maîtrise pas un instrument en particulier, j’ai fait de la guitare et un peu de piano en autodidacte. Je pense qu’aujourd’hui j’arrive à bien m’en sortir même si je n’ai pas de formation classique. Je m’y suis mis pour la composition, c’était nécessaire.

Vous composez et vous écrivez ?

Je compose et j’écris, oui.

Quel sont vos héros musicaux, et lesquels vous ont inspiré ?

DJ Première du groupe Gangstar et Alcamiste, qui sont tous les deux des producteurs américains, m’ont beaucoup inspiré pour leur créativité et leurs productions. Jay-Z m’inspire pour le coté rap business, c’est un Russell Simmons de la nouvelle génération. C’est un modèle à suivre. En fait n’importe qui peut m’inspirer, même quelqu’un qui n’est pas connu : j’écoute sa musique et je serai peut-être inspiré.

Quel type de musique faites-vous ?

Du rap et du RnB soul.

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a fait aller vers ce style de musique ?

Quand j’étais petit mon père écoutait beaucoup de soul music américaine et c’est resté imprimé dans mon cerveau d’enfant jusqu’à aujourd’hui. Au collège j’ai commencé à écouter du rap : NTM, IAM, Disiz la Peste, et d’autres. Dans leur musique, ils utilisaient des samples qui m’étaient familiers et je pense que ça a dû jouer.

Vous souvenez-vous du premier disque que vous avez acheté ?

Avec mon propre argent, je me souviens de deux : Craig David, son premier album « Fill me in », et une compilation, Black Style volume 3 : ils avait des sons de fou, il y avait du R. Kelly, du Busta Rhymes et autres artistes américains… C’était une super compil !

Êtes-vous collectionneur de disques vinyles ?

Je collectionne un peu en soul, en rap et en RnB, mais je ne suis pas un collectionneur frénétique.

Quels sont vos disques préférés de tous les temps ?

« Illmatic » de NAS et « Reasonable Doubt » de Jay-Z.

Avec quels musiciens auriez-vous aimé travailler si vous viviez à la même époque ?

Sans hésiter Michael Jackson, et aussi Quincy Jones et Herbie Hancock.

Avec quel producteur voudriez-vous travailler aujourd’hui ?

Aujourd’hui tout le monde dit Dr. Dre, il a une aura très développée. Sinon, j’aimerais bien travailler avec Kanye West, qui m’a beaucoup influencé.

Avez-vous un projet en cours actuellement ?

J’ai plusieurs projets en ce moment : je produis toujours pour les artistes de mon groupe, et j’ai un projet solo qui est en train de prendre forme ; je le mature bien car je suis un peu perfectionniste.

Souhaitez-vous être reconnu en tant qu’artiste ou pour votre musique ?

Evidemment si ta musique est reconnue et appréciée par tes pairs, voire par l’une de tes idoles, c’est très gratifiant. Donc je dirais plus ma musique, mais inévitablement à notre époque il faut développer le culte de la personnalité : c’est essentiel car si les gens ne mettent pas un visage sur une musique, ils s’engagent moins — notamment sur les réseaux sociaux.

Quels sont les pièges à éviter dans le milieu de la musique ?

Comme dans tous les domaines, il ne faut pas se reposer sur ses acquis et devenir fainéant. Il faut aussi faire attention à ne pas snober les autres, et faire très attention a la drogue.

Qu’est ce qui vous apporte le plus de joie dans votre univers musical ?

Quand tu sens que tu repousses les limites de ta propre créativité, c’est un moment magique… Quand tu sens que ta musique prend forme et que quelque chose de bien est en train d’être créé, c’est comme un orgasme, comme une drogue ! Cette sensation, il faut la vivre, c’est difficile d’expliquer ce ressenti.

Vous sentez-vous investi d’une mission ?

La mission que tu as en tant qu’artiste, c’est d’inspirer les autres. Comme les autres grands artistes l’ont fait avant moi, je me dois de redonner à la culture ma vision de la musique, et ce que j’ai reçu.

Quelle touche personnelle comptez-vous apporter à la musique ?

Je souhaite juste apporter ma pierre à l’édifice. J’aime tellement la musique que j’ai eu envie de participer — mais je n’ai pas une grande attente.

Quel est le moteur de votre inspiration ?

C’est difficile… ça peut être une chanson, une relation amoureuse ou amicale, le temps, le soleil, la pluie… tu peux voir un film, tu as des images, des couleurs qui passent, une lumière, un peu tout. C’est un peu bateau de dire que c’est la vie qui nous inspire, mais en vrai c’est la vie sous toutes ses formes qui inspire les artistes.

Est-il difficile d’être créatif dans votre domaine aujourd’hui ?

C’est difficile avec internet, il y a beaucoup de choses qui s’uniformisent et tous les goûts deviennent uniformes. Après, tu peux toujours être créatif, mais est-ce accepté par le public tout de suite ? Non. Tu peux faire des choses très créatives mais les gens ne vont peut-être pas comprendre dès le début. Après, c’est à toi de voir ce que tu veux faire : si  tu veux faire, comme les autres, une chanson formatée, si c’est ton truc, fais-le. Qui suis-je pour juger ? Il faut un peu des deux parce qu’aujourd’hui, on ne va pas se mentir, il faut se formater un peu pour gagner de l’argent. Je dis  toujours que si tu as la possibilité de gagner de l’argent en formatant un peu ta musique, fais-le, mais reste toujours créatif. A côté, fais quelque chose qui te plait, fais tout ce que tu as envie de faire, ne te bloque pas et laisse parler ta créativité.

Est ce que vous écrivez et composez pour d’autres artistes ? 

Oui, je compose pour d’autres artistes.

Est-il facile de se détacher de sa création ou composition ?

Quand je collabore avec un artiste, j’écoute d’abord ce qu’il a fait sur l’ensemble de sa carrière, et je vois l’ensemble de son parcours pour être sûr de ne pas être déçu. Je dois voir ses références et son style, et apprendre à le connaitre artistiquement et humainement.

Quel est votre ressenti quand votre musique passe à la radio ?

C’est valorisant rien que de faire une musique et de la faire écouter à quelqu’un. Et si en plus elle passe à la radio, c’est très gratifiant. Tant que c’est diffusé, moi ça me plaît. Mais aujourd’hui notre radio c’est Youtube, les gens ont arrêté d’écouter la radio.

A quel moment de la journée vous sentez-vous le plus inspiré ?

Cela dépend des périodes, mais c’est plutôt le soir.

Quel sens la musique donne-t-elle a votre vie ?

Tout ! Elle me donne plein d’objectifs et ma vie tourne autour d’elle.

Où peut-on écouter votre musique ?

Sur mon site internet : 8sho.com

Que pensez-vous des réseaux sociaux ?

C’est un très bon outil. Nous sommes obligés de nous en servir, même les plus grands artistes se servent de cet outil. Si tu le fais pas, tu n’a pas cette connexion avec le public. Ils permettent à ton public de mieux rentrer dans ton univers, aujourd’hui c’est indissociable. T’es obligé de le faire sinon t’es mort . Les réseaux sociaux sont vraiment très importants aujourd’hui pour la communication.

Quel est le rôle de vos proches dans votre travail ?

Ils me donnent la force et aussi leur avis, je leur demande d’être très critiques. Parfois ils n’arrivent pas vraiment à me dire les choses… Moi, je préfère quelqu’un qui me dit : ça c’est pas bien, il faudrait que tu changes ça, il faudrait que tu fasses ça. Ce n’est pas intéressant pour moi si tout le monde dit : oui, oui, c’est mortel. Ou sinon je préfère quelqu’un qui me dit : c’est mortel, mais j’aurais préféré que tu fasses comme ça ou ainsi.

Que représente pour vous le mot liberté ?

Pouvoir s’affranchir de tous les codes.

Il y a-t-il de la place pour l’amour dans votre vie ?

Il y a de la place, mais c’est difficile : la musique, ça prend beaucoup de temps, et je la vis assez seul. J’aime ce moment de solitude. Mais ce n’est pas insurmontable pour un couple : quelques petites prises de tête, c’est tout.

Vous souvenez-vous de votre premier bisou ?

Oui, c’était en maternelle !

Quel souvenir en gardez-vous ?

C’était un bisou volé, c’était en grande section de maternelle. Je lui avait fait un bisou et après j’étais content ! C’était dans une cabane, je m’en souviens comme si c’était hier. Elle s’appelait Yasmina, elle sentait très bon…

Selon vous quel est le secret de la longévité en couple ?

Aujourd’hui c’est difficile. Je n’ai pas la formule, je pense être trop jeune en terme de relations pour répondre. Je n’ai pas eu encore de très longue relation, au-delà de quatre ans. Mais je dirais beaucoup de concessions, et chacun son espace : ne pas être l’un sur l’autre, il faut que chacun puisse vivre des choses sans l’autre, parce que nous sommes des êtres individuels avant tout.

Qui est Olivier aujourd’hui ?

Un jeune Français qui représente la France. Je me définis comme un artiste indépendant avec une maturité artistique.

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