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J’ai décidé de vivre…

Jeanne, 28 ans

Pouvez-vous vous décrire en quelques mots ?

Je suis née à Paris, j’ai passé 10 ans en Loire-Atlantique, 10 ans à Paris. Et depuis, je bouge beaucoup, avec une “base” dans le Sud-Ouest. Je travaille de temps en temps et sinon je profite de la vie.

Que voulez-vous dire par « je profite de la vie » ; nous, les Parisiens, nous avons du mal ?

Je voyage, je bouge beaucoup, fais plein de choses différentes. J’aime bien le changement : rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles manières de vivre, de nouvelles cuisines, nouveaux paysages, de nouveaux endroits,…

Vous avez gagné au loto ?

(Rires) Hé non ! Je travaille de manière saisonnière, et je m’organise pour gérer mon budget.

Quels sont vos projets à court terme ?

Je suis à Paris pour l’anniversaire d’une amie qui fête ses trente ans. J’en profite pour voir mes amis et ma famille. Je retourne ensuite dans le Sud-Ouest finir d’aménager mon camion. Après, je pourrai partir vers de nouvelles aventures.

Vous avez un problème avec la routine ?

Je n’aime ni la routine, ni rester enfermée dans un endroit, sinon je pète un câble.

Que veut dire le mot liberté pour vous ?

C’est un mot très important pour moi.

Vous sentez-vous libre en ce moment ?

De manière générale oui.

Êtes-vous une militante ?

Aujourd’hui non, mais j’ai des valeurs importantes. Je ne milite pas, mais je fais des petites choses à mon niveau, qui sont importantes à mes yeux. Et je me dis que si tout le monde faisait ces petites choses à son niveau, peut-être que le monde changerait. Par exemple, je ne mange ni viande, ni poisson, ni fruits de mer. Je fais attention à la provenance des fromages ou autres, que cela ne vienne pas d’élevage intensif industriel de préférence… Je conseille notamment les vidéos de L214 à ce sujet, pour se rendre compte des conditions animales… J’essaie de manger local, de saison, bio, de préférer le commerce équitable, au maximum.

J’ai travaillé pour quelques ONGs, et cela m’a beaucoup intéressée. Je recrutais des donateurs pour des associations avec des objectifs variés. Puis, j’ai soutenu l’association Sea Shepherd pendant 10 ans. C’est une association qui protège les océans et leurs habitants, et qui me tient à coeur.

Vous êtes vegan ?

Non, végétarienne. Mais j’ai des phases végétalienne/ vegan lorsque je suis seule, ou avec des personnes qui le sont. Je tends vers cela, mais je n’y suis pas encore. Je raisonne ma consommation.

Quelle est la différence entre vegan et végétarienne ?

Végétarien, c’est celui qui ne mange pas de viande, ni de poisson, ni aucun animal. Vegan, c’est celui qui ne mange ni viande ni poisson, ni aucun produit dérivé des animaux comme les œufs, le miel, le lait (donc les produits laitiers comme le fromage ou les yaourts), ne porte pas de cuir sur lui on plus, etc.

Selon vous, quelles sont les causes les plus importantes à défendre ?

L’environnement d’une manière générale. Bien sûr, il faudrait aussi réduire toutes les souffrances humaines et animales, les inégalités, la faim dans le monde, donner accès à l’eau potable, à la santé, à l’éducation, mettre fin au capitalisme, et tellement de choses… Toutes les causes se valent, on ne peut pas faire de classement… Peut- être que tout est lié, et l’agro-écologie, ou la permaculture, seraient les débuts d’une solution 

Quelle est la personne qui vous a le plus influencée ces dix dernières années ?

Je ne vois pas une personne qui m’aurait influencé en particulier… Celui dont je me sens proche, pourrait être Pierre Rabhi dans son principe de simplicité volontaire, de sobriété heureuse.

Qui est Pierre Rabhi ?

Pierre Rabhi est un agriculteur, écrivain, penseur. Il défend l’agro-écologie, la préservation de la biodiversité, la lutte contre le capitalisme via une consommation réfléchie (et non une sur-consommation, comme ce qui se fait beaucoup actuellement). Il s’est installé dans les Cévennes, la terre était sèche et rocailleuse, et il a réussi à faire pousser des choses alors que personne ne pensait cela possible. En fait, il se bat pour pouvoir développer ce modèle d’agriculture, en respectant la nature et l’homme, partout dans le monde. Pierre Rabhi a de nombreux projets dans le Sahel. Pour lui, on peut cultiver partout, en sachant observer et s’adapter au milieu. Et on n’a pas besoin de produits chimiques pour ça.

Quels sont vos objectifs ?

De vivre en paix. Et rire ! (Rires)

Quel sont vos principaux traits de caractère ?

Je suis quelqu’un d’ouverte mentalement. Je n’ai pas de problème de communication avec les gens en général, je suis curieuse de rencontrer d’autres personnes, des cultures différentes,… Mais j’ai mes moments asociaux aussi ! (Rires) J’essaye de ne pas juger, d’être d’honnête, sincère. Je suis plutôt calme, avec des moments de folie.

Quelles sont vos icônes ?

Je n’ai pas vraiment d’icône ou de modèle. Si tu me demandes des actrices que j’apprécie, alors ça serait par exemple Mélanie Laurent ou Marion Cotillard. Je les trouve belles et bonnes actrices. Et Vanessa Paradis aussi, ses dents du bonheur sont charmantes.

Qui est Jeanne aujourd’hui ?

C’est une femme qui a bien évolué, mais qui a gardé ses traits de caractère. Une petite vie de nomade. J’ai beaucoup voyagé avec mon sac à dos, marché, en allant à droite- à gauche, à l’aventure totale… Aujourd’hui, c’est en camion, moins fou-fou, plus tranquille.

Comment faites-vous dans les moments difficiles ? Qui vous épaule quand vous êtes à l’autre bout du monde et que ça ne va pas ?

Je garde pour moi, mais après j’explose. Avant d’exploser, j’essaie de parler aux gens les plus proches de moi. Ça dépend avec qui je suis à ce moment-là. Ça peut être ma mère, mes amis proches. Si je suis à l’étranger, ce sera un inconnu, tout simplement.

Quelle est la ville qui vous ressemble ?

Melbourne, la ville en soi n’est pas top, mais tout ce que s’y passe est vraiment intéressant. Je me suis beaucoup amusée là-bas. Sinon, je trouve la ville d’Amsterdam très belle, avec ses petits canaux partout et ses maisons qui se cassent la gueule, qui penchent, je trouve ça très joli. Mais, est-ce qu’elles me ressemblent ? (Rires) Je ne sais pas. Il y a un tas de villes que j’aime.

D’où vous vient ce goût pour le voyage ?

Je me suis sentie mourir, et depuis, j’ai décidé de vivre comme je le voulais (et donc de voyager, parmi d’autres choses).

Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Une mauvaise histoire à l’hôpital. Ca a dégénéré, je me suis sentie mourir. Puis, la vie est revenue, et c’est à partir de moment-là, je me suis dit : « merde, je n’ai qu’une vie, il faut en profiter. »

C’est donc l’origine de tous vos voyages ?

Oui. Quand on est en bonne santé, on a tendance à oublier que c’est une chance. Souvent, on rentre dans un train-train quotidien, à travailler comme des esclaves, à être abrutis le soir devant la TV, fatigué, à se faire chier, à consommer pour être heureux… Puis, finalement, on passe notre vie à se la gâcher. Chacun vit sa vie comme il veut, on a le choix.

Je bosse parce qu’il me faut quand même de l’argent pour mon type de vie en ce moment. J’essaie de réduire ce temps au minimum. J‘essaie de vivre avec peu, de travailler peu et de voyager beaucoup. C’est un mode de fonctionnement qui ne conviendrait pas à tout le monde. Il faut essayer de vivre en accord avec soi-même.

Un jour, je me poserai. Mais je veux du soleil et de la chaleur. Je me vois bien six mois de l’année quelque part, et six mois ailleurs, de manière à être toute l’année sans écharpe. Je me vois aussi avoir mon potager, être en autonomie alimentaire, avec un grand terrain avec plein d’animaux. Mais je ne fais pas de plans, on verra ce que l’avenir nous réserve ! La vie est pleine de surprises.

Que pensez-vous de tous ces réseaux sociaux ?

Je trouve ça utile pour s’informer et sélectionner les sites internet qui nous intéressent, ou pour être en contact avec les gens qui sont à l’autre bout de la planète. Ce qui me dérange c’est l’addiction qu’ont les gens pour ça, qu’ils n’arrivent pas à partager un moment en réel sans regarder leur smartphone, ou prendre des selfies, ou des photos de leurs plats, etc… Moi, je suis connectée par intermittence. En ce moment, je me connecte, mais après je ne serai plus connectée pendant trois, quatre mois, ou plus. Je m’en fous, je me porte très bien sans. C’est bien les réseaux mais je préfère vivre sans ces réseaux sociaux.

Les médias ont-ils une grande importance dans votre vie ?

Par intermittence aussi, oui. Cela dépend si j’ai accès ou non à internet, à la radio, à la TV… J’ai beaucoup de réserves sur la TV. Le jour où je me poserai, je n’en voudrai surtout pas chez moi. Je préfère la radio ou internet.

 

Qu’est-ce que vous enviez chez les autres ?

Je n’envie pas les gens de manière générale. Peut-être, si je dois répondre quelque chose, la confiance en soi. Mais attention, parce que les gens qui ont trop confiance en eux, ça m’énerve (rires). Il faut un juste milieu. On a souvent envie de ce qu’on n’est pas, en général. Et puis, en tant que nana, on veut souvent ce qu’on n’a pas. Exemple : t’as les cheveux lisses, tu veux les cheveux frisés, etc.

Est-il difficile d’être votre compagnon ?

Ça peut l’être. Un rien peut me rendre heureuse et un rien peut m’énerver. Ça peut dépendre des cycles menstruels aussi (rires). Du coup, si je suis dans une phase un peu machin, mon compagnon peut m’énerver facilement. Mais s’il sait bien me prendre et me comprendre, il arrive à renverser la situation, en me faisant sourire et rire. Il faut dédramatiser la situation. Du courage et de l’endurance. Ça peut être facile comme ça peut être très difficile.

Quel est le secret de la longévité du couple selon vous ?

Une bonne communication ; le fait de ne pas être tout le temps ensemble, de garder son indépendance ; de se dire ce qui ne va pas au lieu de se crier dessus ; et d’évoluer ensemble.

D’où vous vient l’idée d’avoir des dreadlocks ?

Quand je les ai faites il y a 10 ans, c’était une coiffure qui ne convenait pas au type “classique” de la société. C’était juste pour montrer que je ne rentrais pas dans ces cases, ni dans ce mode-là. “Juge-moi et je t’emmerde” en quelques sortes (rires). Puis là, c’est moins le côté rebelle, plus le côté pratique. Maintenant, j’en ai beaucoup moins qu’avant, et je garde le peu que j’ai, elles font parties de moi. Je n’ai pas à les coiffer, j’ai rien à faire : ça pousse tout seul. Il faut juste que je les lave de temps en temps (rires).

Comment faites-vous pour prendre soin de vos cheveux ?

Je les lave quand je les trouve trop sales, environ une fois par semaine. C’est le seul soin que je leur fais ! (Rires) Et puis, une petite coupe de temps en temps, sur mes mèches sans dreads. Parfois ils sont un peu secs avec l’océan, mais ça les fait blondir naturellement. L’océan et l’air marin font vraiment du bien.

Pourquoi ne vous êtes-vous pas rasé le crâne alors, c’est aussi simple ?

Oui, mais non, j’aurais un trop gros problème de féminité. Dans le principe oui, j’aurais bien aimé me raser le crâne, mais j’ai besoin de mes cheveux pour me sentir femme.

Qui Jeanne aujourd’hui ?

C’est difficile de parler de soi… Je pense être indépendante et ouverte d’esprit. J’essaie d’être honnête et de ne pas juger les gens. Calme avec des moments de folie. Têtue, et conciliante en même temps. Besoin de communiquer, mais aussi asociale parfois. J’ai envie de dire tout et son contraire (rires), faut demander à mes proches, ils sauront probablement mieux répondre.

 

 

 

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