Interviews

la danse n’est pas une option, c’est une priorité …

Karine 24 ans danseuse professionnelle

Quel genre d’enfant était Karine ?

C’était une petite fille feignante mais motivée, quand j’avais une idée en tête je ne me cachais pas. Mais par contre, quand on me demandait de faire quelque chose, je ne le faisais pas toujours.

Que pensaient vos profs de vous ?

Que j’étais très bavarde, mais j’avais une très bonne relation avec mes profs en général. J’ai toujours été bonne élève.

D’où vous est venue la passion pour la danse ?

Je n’ai pas vraiment choisi la danse. Quand j’ai commencé à danser, j’avais 4 ans. C’était naturel : les garçons faisaient du foot et les filles de la danse. Peu à peu, cela a pris vraiment de la place en moi, et je sentais que ça devenait nécessaire que j’aille à la danse toute les semaines. C’est vraiment après le lycée que ça s’est révélé, j’ai découvert une danse en particulier qui m’a fait prendre confiance et accepter mon corps ; c’est à partir de là que j’ai senti que je ne pouvais plus vivre sans. Plus le temps passait, plus je sentais que c’était un besoin et pas seulement un passe-temps : c’était nécessaire.

Vous étiez une droguée de la danse ?

Oui complètement, et encore plus depuis que j’ai fait la formation.

Un jour sans dopamine ça se passe comment ?

Ça se passe de telle manière qu’il vaut mieux ne pas être à côté de moi le soir. Il y a trois ans, j’étais blessée. Donc, pendant six mois je n’ai pas pu danser. J’étais insupportable, mes parents ne me supportaient plus, j’étais une boule de nerf. Je sais donc que j’ai besoin de ça.

La danse vous sert pour canaliser vos nerfs ?

Non pas exactement : dans la danse, il doit y avoir quelque chose qui me canalise, mais il y a aussi, et surtout, quelque chose qui me permet de m’exprimer. Ceci a beaucoup d’importance. J’ai plus tendance à écrire qu’à parler. J’ai l’impression que la danse est au-dessus de l’écriture. J’aime bien parler, j’aime bien écrire mais je vis pour danser.

Que représente pour vous la danse ?

C’est moi la danse, il n’y a pas de moi sans danse et il n’y a pas de danse sans moi ; c’est peut être un peu prétentieux de dire ça mais je ne sais plus être moi sans la danse.

Comment définissez-vous votre style de danse ?

Joyeux, généreux, sincère.

Qu’est-ce qui vous apporte le plus de joie quand vous dansez ?

Quand je vois que le message que je veux faire passer est passé, qu’il soit positif ou pas ; que je vois que l’émotion que j’ai voulue transmettre est passée ; c’est ça qui me donne le plus de satisfaction et l’envie de recommencer.

Qui vous a influencé à faire de la danse ?

Après le lycée, j’ai découvert une danse. C’est cette prof qui m’a poussé là-dedans et m’a ouvert les portes. Je dirais que c’est cette prof, et aussi un coach que j’ai eu la chance d’avoir, qui m’ont ouvert les yeux et qui m’ont poussé là où j’ai envie d’être maintenant. Je peux dire que sans eux, je n’aurais pas pu aller aussi loin dans la danse.

Qu’est-ce que vous auriez voulu faire si ce n’était pas de la danse, quel était votre plan B ?

J’ai toujours eu des projets, j’ai voulu être maîtresse des écoles, animatrice. Mais je sentais que quelque chose n’allait pas. J’ai travaillé dans la communication, je voulais faire du journalisme, je voulais faire beaucoup de métiers. Finalement, la danse revenait à chaque fois. Je n’osais pas me l’avouer. Après mon BTS de communication, j’ai réalisé que je voulais faire de la danse : pas d’autre alternative.

Tu n’as pas d’autres plan B après la danse ? 

J’ai des diplômes qui pourront toujours être un plan B au cas où. Mais la danse n’est pas une option, c’est une priorité.

Quelle est cette priorité : être danseuse, chorégraphe ?

C’est vivre de ma danse, c’est pour ça que j’ai appelé mon association VivreDanse.

Votre but est de devenir une artiste reconnue ou une sportive ?

Je crois qu’on ne devient pas artiste, on l’est. Donc je ne me dis pas que j’ai envie de devenir une artiste, je pense que je le suis depuis petite. C’est plus assumé d’être une artiste, plus que de le devenir.

Sportive de haut niveau non, même si la danse reste un sport. Je ne me qualifierai jamais de sportive de haut niveau, je suis plus artiste que sportive.

Alors quel est ton message en tant qu’artiste ?

De s’assumer, d’être soi et d’être fière de ce que nous sommes, qu’on soit petit, gros, vert, bleu, jaune, peu importe. La personne que tu es, tu ne la changeras pas. Tu es née comme ça, et c’est comme ça que tu mourras.  Tu n’as qu’une vie. Si tu ne l’assumes pas, tu vas passer ta vie à te poser trop de questions. Tu ne peux pas savourer le moment si tu n’es pas en accord avec toi-même. Et c’est ça que j’ai envie de transmettre à travers ma danse, c’est de montrer que je suis comme ça, et je m’assume comme je suis. Et c’est comme ça que j’arrive à être heureuse.

Est-ce que vous vous sentez investie d’une mission?

Je ne dirais pas une mission, mais j’ai envie que mon message soit entendu et qu’il soit répété. J’ai envie que les gens que je croise se posent ensuite des questions. Mais ce n’est pas une mission, je ne suis pas en mode « je vais changer la terre », non. Je suis bien avec ce que je suis, je veux juste que les gens autour de moi soient bien aussi.

Qu’est-ce que tu penses apporter de plus dans le milieu de la danse ?

Ce qui m’habite est de créer et partager, plus que de réfléchir à donner des cours. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais je veux qu’à travers ma danse la personne se dévoile et qu’elle se découvre eelle-même. Donc ce n’est pas juste de créer une chorégraphie pour lui apprendre et qu’elle retranscrive; j’ai envie qu’elle l’interprète à sa manière, qu’elle la vive à sa manière et que ça se ressente en la regardant. Ok c’est une chorée qu’elle a apprise de untel, mais là c’est elle qui la danse et j’ai envie qu’on voit sa propre personnalité. C’est plutôt ça que j’ai envie d’apporter aux gens, mais je n’ai pas encore eu la chance de partager ça; de réussir à ce que la personne s’approprie ce que je lui ait appris.

Est-ce difficile?

Ça dépend du public qu’on a face à nous, s’il est ouvert ou pas. S’il est ouvert, il sera preneur de ce qu’on lui renvoie, mais s’il n’est pas dans cette démarche ça ne fonctionne pas.

Quel est votre ressenti quand vous voyez les autres danser sur votre chorégraphie ?

J’adore. Surtout quand les danseurs mettent leur touche dans ta propre choré; tu réalises alors que ta chorégraphie est encore mieux. Il y a une part de fierté parce qu’ils reproduisent quelque chose qui est sorti de toi ; ils arrivent à le comprendre et à le faire évoluer.

Que veut dire le mot liberté pour vous ?

La liberté, c’est le pouvoir. C’est plus que faire, c’est savoir qu’on la possibilité de prendre l’opportunité. Par exemple, ce n’est pas juste se dire « je pourrais aller New York ». Non ! C’est : « j’ai envie d’aller à New York, j’irai à New York ». Peut-être pas maintenant, mais dans 5 ans. C’est donc pouvoir faire quelque chose et le faire vraiment.

Est-ce que vous vous sentez libre en ce moment ? 

Pas tout à fait, parce qu’il y a des facteurs qui t’en empêchent. Il y a quand même le côté financier qui ne permet pas d’être complètement libre. Avant de pouvoir faire vraiment ce que j’ai envie, il faut que j’assure mes arrières, que je mange tous les jours et que j’ai un toit pour dormir. Je dirai que je suis libre dans ma tête, mais dans les faits je ne le suis pas complètement.

Quels sont les rôles de la musique et de l’écriture dans votre vie ?

J’ai un blog qui s’appelle  vivredanse.wordpress.com — vivredanse

La musique et l’écriture ont plus au moins le même rôle, mais pas à la même échelle. L’écriture me renvoie à une émotion que j’ai ressentie à un moment donné ; ça permet d’oublier ce que nous sommes en train de faire au moment présent. La musique me permet de m’évader et l’écriture me permet de m’ouvrir et de prendre du recul.

Quelle est la différence entre Karine la danseuse et Karine l’écrivain ?

Il n’y a pas de différence. Je suis plus fluide quand je danse que quand je parle. Je réfléchis moins quand je danse et quand j’écris que quand je parle. Je parle beaucoup, il n’y a aucun doute, mais ce n’est pas aussi fluide que si j’écris ou si je danse.

Etes-vous militante ? 

Je dirai oui, mais pas à me jeter sous un pont pour la cause ; je dirai oui car j’ai des valeurs et je les défends, mais pas à l’extrême. Je revendique que les femmes ont autant de capacités que les hommes.

Etes-vous féministe ?

Je ne sais pas. Pour moi, il n’y a pas de différence à faire. Selon l’éducation reçue, nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui. Je pense que tout le monde est pareil au départ. J’ai suffisamment crié aux gens autour de moi pour dire que je suis une fille et que je suis capable de tout faire autant qu’un homme.

Vous avez un sacré caractère ?

Ah ça oui ! Je le revendique : j’ai un caractère, et je sais le montrer ; mais je ne suis pas bornée et révolutionnaire.

Que vous apportent tous ces réseaux sociaux ?

De la visibilité, du réseau, des contacts. Je me suis fait la remarque, me dire que maintenant la plupart des jeunes postent 3 millions de vidéos sur Instagram juste dans le but de faire des vues. Faire des clips, faire des like, mais ça apporte quoi en fait ? Il ne faut pas oublier pourquoi on est venu danser, il ne faut pas se perdre ou s’oublier dans le milieu des réseaux. En publiant un maximum de vidéos, de photos, tu peux très vite oublier pourquoi tu es venu à la base. Alors, certes, Instagram et Facebook, ça reste des « CV » ; mais il ne faut pas que j’oublie pourquoi j’ai dansé et j’ai voulu publier ces vidéos ou photos. Chaque photo et chaque vidéo sont des messages que j’ai voulus transmettre.

Racontez-moi une première fois qui vous a marqué ?

La première fois qui m’a marqué, c’était l’excitation avant de monter sur scène ; ça me n’a jamais quitté. A chaque fois que je monte sur scène, que ce soit une grande ou une petite scène, c’est la même excitation. Ce sentiment-là te tord les boyaux, te prend à la gorge ; je crois que c’est la meilleure sensation au monde.

Quel ressentiment vous avez eu la première fois que vous avez habité seule ?

J’ai pleuré toutes les larmes du monde. Je me sentais seule, je ne connaissais personne. J’avais perdu tout repère et je ne savais pas ce qui allait se passer. Je sortais vraiment de ma zone de confort : je quitte ma ville, je quitte mes parents, ma sœur, ma meilleure amie, je quitte ce monde et j’arrive dans une ville où je ne connais personne ; pour me former sur un truc que je ne connais pas, découvrir des gens que je ne connais pas. Oui, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Maintenant j’adore Paris. Mais, le premier soir, c’était très compliqué, Paris pour moi est un pays à part entière.

Quel ressenti vous avez eu la première fois que vous êtes tombée amoureuse ? 

C’est rassurant mais ça fait très peur. C’est rassurant parce que tu te dis que tu as une personne sur qui tu peux compter; mais ça fait peur parce que cette personne compte pour toi. Selon ses actes, ses décisions, ses choix et ses paroles ça peut tellement agir sur toi, sur ton humeur, ton état, ça peut faire tellement de dégâts aussi sur toi que ça fait peur; je m’en suis rendu compte la fois où je n’étais plus amoureuse.

Selon vous quel est le secret de longévité d’un couple ?

La communication, s’exprimer, dire ce qu’on ressent bien ou mal, et ne pas le garder pour soi. Ça fait du bien de l’entendre de quelqu’un ; et quand on n’est pas bien, le dire aussi, à la personne avec qui on partage sa vie.

Quels sont vos projets à court terme ?

Mettre de l’argent de côté et bouger de Paris ! (Rire) Et trouver des contrats, peu importe lesquels; il me faut juste des contrats qui me permettent d’avoir du réseau. Des contacts qui me rappellent après pour avoir d’autres contrats. A court terme, je pense que c’est le plus important pour moi, développer mon réseau pour trouver des contrats.

Qui est Karine aujourd’hui ?

C’est une artiste et une femme qui s’assume, qui est bien dans ses baskets. C’est une femme heureuse, parce que son chéri la rend heureuse, c’est une femme épanouie.

Comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

Dans 10 ans, j’aurai fait mon chemin. J’espère que j’aurai mon réseau qui m’appellera et qui me recommandera auprès d’autres. J’espère que j’aurai vécu assez d’expériences pour réussir à transmettre à d’autres. Et peut-être que d’ici là j’aurai une ou un petit bout.

C’est un message que vous envoyez à votre chéri ?

(Rire)… Il le sait déjà mais pas dans les conditions actuelles, mon neveu me suffit largement.

Vous venez de Toulouse, est-ce que vous pouvez me donner cinq bons arguments pour me donner envie de visiter Toulouse ?

Le soleil, il fait très souvent beau ; c’est tranquille ; tu ne te prends pas la tête, tu ne te fais pas pousser par les gens quand tu sors du métro ; tu as le temps de regarder la vie qui défilé. Le centre-ville de Toulouse est magnifique ; le Capitole, la basilique Saint-Sernin. Je te dirais d’aller boire un coup sur les quais de la Garonne à Saint-Pierre, parce que c’est agréable de se poser dans l’herbe au bord des berges et juste boire un coup avec tes potes. Toulouse, au final, est à deux heures des Pyrénées, à deux heures de la Méditerranée et à deux heures de l’océan Atlantique : Toulouse est au milieu de tout.

Quelle est la ville qui vous ressemble le plus ?

Ma ville Toulouse. Mais j’adore l’Espagne, c’est un pays que me motive énormément, notamment pour le reggaeton que j’adore. C’est cette danse qui m’a permise de m’assumer.

Votre style de danse, c’est le reggaeton?

A la base je viens du reggaeton. C’est en sortant du lycée que je l’ai découverte et cette danse-là m’a vraiment ouverte et décoincée.

C’est une musique très rythmée et très envoûtante, tout comme cette danse. Donc, en l’écoutant, ça vous libère et vous vous laissez porter par le rythme ?

C’est exactement ça. Et j’ai compris que si je n’avais pas ce corps-là, ma danse ne rendrait pas comme elle rend, et ça ne rendrait pas aussi bien si j’étais plate comme une table à repasser. Je m’assume, j’ai toujours eu plus au moins ce corps-là, j’ai toujours été bien en chair, on va pas se mentir.  Mais je ne me suis pas autant assumée que depuis que je danse le Reggaeton. Il m’a permis d’accepter que je suis comme ça, je m’assume et je n’ai plus peur de me balader en maillot de bain. Je trouve plus joli quand c’est danser avec des formes plutôt qu’une fille tout mince. Le reggaeton est une danse qui est faite pour moi ; c’était écrit quelque part, c’était ma destinée.

Categories
Interviews

Leave a Reply