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La liberté est une valeur absolue…

Pauline, 24 ans, danseuse chorégraphe

Quel genre d’enfant était Pauline ?

Très active : quand j’arrêtais de bouger c’est parce que j’étais malade ! Mais plutôt sage malgré tout, je n’étais pas une enfant capricieuse…  Je me suis rattrapée après, à l’adolescence (rires).

A quel moment avez-vous senti le besoin de vous exprimer sur scène ?

Je l’ai toujours senti : sachant à peine marcher, j’étais déjà en train de danser, je pense que c’est quelque chose qui a toujours été en moi. J’ai le souvenir qu’il  y avait souvent de la musique chez mes  parents, ça a peut-être joué aussi. J’ai toujours su que j’avais un véritable attrait pour les disciplines artistiques, le chant, la danse et la musique. J’ai commencé les cours de danse très jeune, les cours de piano aussi. J’ai eu l’opportunité de partir en tournée avec un groupe, début lycée et c’est à ce moment-là que j’ai su que je voulais en faire mon métier.

Si ça n’avait pas été la danse, quel autre métier auriez-vous pu faire ?

Je ne vois pas d’autre option que l’art : si ce n’était pas la danse, ce serait le chant, la musique, le théâtre ou le cinéma… bref, tout ce que touche aux arts de la scène. Après, je suis aussi fascinée par la psychologie, la philosophie et l’ethnologie et par le cerveau aussi.

Pourquoi ne pas faire des études de psychologie alors ?

C’est sûr, pourquoi pas ? Mais je pense que si je ne joue pas la carte que j’ai à jouer dans le milieu artistique et que je fais autre chose, j’aurai toujours la frustration de ne pas avoir tout donné pour réaliser mes rêves. C’est vraiment ma priorité.

Qu’est-ce qui caractérise votre art ?

Je trouverais ça beaucoup trop prétentieux de le définir comme un art engagé, mais je n’ai pas vocation à seulement exécuter ou être l’interprète de quelque chose qui est vide de sens. Je suis une grande rêveuse qui a envie de changer le monde, j’ai notamment  envie de me servir de ces disciplines artistiques pour faire passer des messages forts. Ce qui me caractérise vraiment, c’est que j’aime jouer au caméléon, que ce soit dans ma vie de tous les jours comme dans les disciplines que je pratique ; j’aime fusionner entre elles des disciplines qui, à première vue, n’ont rien à voir entre elle, et je pense que ma force est là.

Les carrières artistiques et sportives, souvent, ne durent qu’un temps. Quel est votre plan B pour la suite ?

Je n’ai pas réellement de plan B, mais plutôt une continuité. Dans un premier temps, j’aimerais pouvoir danser pour des artistes et chorégraphier pour eux. Peut-être que oui, passé un certain âge, je n’aurai plus la possibilité d’être sur scène, mais idéalement rien ne m’empêchera de chorégraphier mes propres spectacles, qui pourront être interprétés par d’autres danseurs. Ce qui me rassure, c’est d’avoir eu certains professeurs — en classique notamment — qui, même passé une soixantaine d’années, tenaient véritablement la route physiquement, et chorégraphiaient des choses vraiment grandioses. Quoi qu’il en soit, je ferai en sorte de garder une bonne condition physique, afin de ne jamais être stoppée dans ce qui me passionne — ou du moins le plus tard possible.

Quel est le secret de votre nutrition ?

Je suis quelqu’un de cyclique, j’ai des phases où je mange vraiment sainement, et des phases où je vais au fast-food trois fois par semaine … Alors je suis plutôt mal placée pour donner des conseils nutritionnels. Mais quand on fait beaucoup de sport, une des clés est de boire beaucoup d’eau, pour bien s’hydrater.

Votre objectif est-il d’être une artiste reconnue ?

Si je me suis lancée dans des disciplines artistiques, ce n’est pas pour la gloire. Mais après, on ne va pas se mentir, quand ce qu’on fait est reconnu c’est toujours valorisant et plaisant. A long terme j’aimerais pourvoir toucher un public large et varié et faire passer des messages forts qui me tiennent à cœur, à travers mon art.

Quels sont les modèles qui vous ont inspirée dans ce métier ?

Je n’ai pas de véritable modèle à proprement parler. Mes influences viennent principalement des professeurs que j’ai eus, qui m’ont tous apporté quelque chose de différent. Je  puise mon inspiration dans tout, tout le temps ; la moindre petite chose est susceptible de stimuler ma créativité.

Vous sentez-vous investie d’une mission ?

Je me sens perpétuellement en mission. Je considère qu’on ne naît pas avec un sens donné à notre vie, il faut donc lui en donner un nous-même. Pour ma part, étant une grande rêveuse – un peu trop – idéaliste, j’ai envie de changer le monde. Ma mission est surement là …

A quel moment de la journée vous sentez-vous la plus créative ?

Principalement le soir, au moment d’aller me coucher. Alors j’ai le choix entre aller dormir ou mettre en mouvements, en mots ou en musique ce qui me passe par la tête. Le choix est vite fait : je suis mes inspirations !

Si vous pouviez changer quelque chose dans votre travail, qu’est-ce que ce serait ?

Avoir plus de contrats, forcément ! (rire) Et être payée pour, très clairement. C’est quand même très compliqué d’être reconnu dans ce milieu et de pouvoir en vivre. Je continue toujours de prendre des cours parce que j’ai besoin sans cesse de me former et me surpasser pour avoir de nouvelles opportunités.

Comment faites-vous pour concilier votre vie privée et votre vie professionnelle ?

Clairement, en ce moment, c’est ma vie professionnelle qui prend le dessus ; j’ai très peu de temps pour le reste. Moi qui, jusque-là, ne supportais pas d’être seule … disons que maintenant je suis mariée à la danse !

Quel est le rôle de vos proches dans votre parcours ?

Adolescente, quand je suis revenue de tournée européenne avec le groupe dans lequel j’étais chanteuse, forcément j’avais les yeux pleins d’étoiles. J’ai alors dit à mes parents : « Je veux être chanteuse ! ». Evidemment ils ont eu la réaction logique de beaucoup de parents et m’ont répondu : « Passe ton bac d’abord ». Chose que j’ai faite. Je pense qu’au début c’était difficile pour eux d’accepter le fait que je m’engage hors des sentiers battus : tout parent souhaite une vie stable et confortable pour son enfant. Maintenant je pense qu’ils me font confiance, et ils savent – presque – autant que moi que je suis faite pour ça et que je ne lâcherai jamais l’affaire. Ils m’apportent un vrai soutien et me donnent beaucoup de force aussi. Dernièrement, après un spectacle dont je n’étais pas satisfaite, mon père m’a dit « Je suis fier de ma fille ! » et ces mots valaient pour moi toutes les récompenses du monde.

Mes amis sont un soutien également ; ils m’apportent une force différente avec un jugement plus objectif que celui de ma famille. J’ai notamment une amie très proche qui  sait me remettre dans le droit chemin quand il faut. Elle est beaucoup plus pragmatique et carrée que moi, elle est là pour serrer un peu la vis parfois, quand je m’éloigne de mes objectifs.

Que veut dire le mot liberté pour vous ?

Pour moi la liberté est une valeur absolue. La  liberté est de ne pas se laisser mettre de barrières – quel qu’elles soient – et ne pas mettre de barrières aux autres.

Vous sentez-vous libre en ce moment ?

De par mon esprit insoumis et fuyant la contrainte, oui, j’essaie d’avancer comme quelqu’un de libre. Mais je me rend compte que dans les faits ce n’est pas forcément le cas, car il y a malgré tout certaines choses que je suis « obligée » de subir. Il arrive même parfois que je me prive, moi-même, de certaines libertés.

Vous êtes quelqu’un de libre ?

Pas entièrement, je respecte encore trop certaines règles pour me considérer comme libre à 100%.

Comment faites-vous pour vous évader ?

Par la musique et la danse … Mais je me rends compte que je ne m’évade pas beaucoup, en réalité. Peut-être tout simplement que je ne sais pas le faire. Ca cogite en permanence dans ma tête : de nouvelles idées, de nouveaux projets, des remises en question, des réflexions existentielles – ou pas d’ailleurs – … Je suis plus encline à m’évader lorsque je pars découvrir de nouvelles cultures, mais même en voyage mon cerveau ne se repose pas.

Que pensez-vous de tous ces réseaux sociaux?

J’en utilise certains mais très sincèrement je déteste ça. J’apprécie le fait de pouvoir discuter instantanément avec des amis, de pouvoir partager un article qui me semble intéressant ou des photos de voyages. Mais souvent, l’utilisation qui est faite de ces réseaux est au détriment du vrai lien social physique : il n’y a qu’à voir un groupe d’amis qui va au restaurant ensemble, ils ont tous leur portable sur la table ! Aussi, je trouve qu’il y a un côté très malsain et complètement mégalo à la chose : Regardez ce que je fais aujourd’hui, ce que je mange, où je suis et avec qui … Regardez mes selfies à la plage depuis votre bureau et enviez moi … On ne cherche plus à partager des choses intéressantes pour les autres, mais simplement à flatter son propre égo à travers tous ces « like » … C’est m’as-tu vu et mégalomane et j’ai horreur de ça !

Est-il difficile d’être votre compagnon ?

Sans vouloir me lancer des fleurs, je ne pense pas, même si je suis loin d’être parfaite. Je fuis les prises de tête inutiles et je ne pense pas être quelqu’un de chiant non plus… et on dit souvent que les filles sont chiantes !

C’est faux? 

Si si, elles sont chiantes, mais moi beaucoup moins ! (rires) Ce qui est différent, c’est que souvent on me fait remarquer que je pense comme un homme, et ça crée une certaine complicité quand je suis en couple. Après, comme tout le monde j’ai mes défauts : j’ai un caractère fort, je ne me laisse pas marcher sur les pieds. Je suis ouverte à la discussion mais j’ai des opinions très affirmées, ça peut être compliqué avec une forte tête. Mais je suis de nature zen, je fuis le conflit et je suis totalement honnête et transparente.

Comment faut-il vous séduire ?

Il n’y a pas une manière de me séduire, si ce n’est de rester soit même. Quelqu’un qui tentera de me séduire en ne me montrant que les bons côtés de sa personne ne me séduira justement pas. La qualité première que je recherche chez un homme c’est l’honnêteté et notamment sa capacité à assumer ses défauts. Il est plus probable que je sois séduite par les points faibles d’un homme que par un homme en apparence parfait.

Il faut vous laisser venir ?

Non, ce sont les hommes qui viennent à moi pas l’inverse ! (rires) Je ne fais que répondre. Si véritablement quelqu’un me plaît, j’attendrai d’être certaine de plaire à cette personne avant de faire un premier pas.

Vous souvenez-vous de votre premier bisou ?

C’était probablement sous le préau de l’école mais je n’ai pas de véritable souvenir. A l’époque, on s’envoyait des mots en classe pour se dire : « Est-ce que tu veux m’embrasser à la sortie ? », et toute la classe était au courant. C’était un peu l’évènement du jour où untel et untel vont s’embrasser à telle heure. Au final, je me souviens plus de l’ambiance du groupe que de l’acte en lui-même.

Selon vous, quel est le secret de la longévité en couple ?

Ne pas se prendre au sérieux : on rigole beaucoup plus, et ça fait naître une complicité à toute épreuve. Pour que le couple puisse durer il faut que son compagnon soit aussi son meilleur ami. Ce que fuient tous les couples, c’est la routine. Pour qu’un couple fonctionne dans la durée, il faut prendre son temps, et toujours garder une part de surprise. Y ajouter un grain de folie et la routine s’installera nettement moins vite.

Qui est Pauline aujourd’hui ?

Mes amis me définissent comme quelqu’un « qui n’est pas normal », et ça me plaît ! Parce que je ne rentre pas dans les normes que la société voudrait nous imposer. Je suis quelqu’un de très ambitieux, mais à côté de ça je reste très peureuse : quand je dois m’engager dans des choses qui me tiennent à cœur, j’ai très peur de l’échec. Pauline aujourd’hui c’est une femme qui se dit que si elle ne se met pas en situation de difficulté, elle ne progressera pas — en tout cas beaucoup moins vite —. En ce moment je sors volontairement de ma zone de confort, me lance des défis et teste de nouvelles choses, et ça ne peut que me faire grandir ; si j’ai peur de me prendre des murs je n’avancerai pas ! La Pauline d’aujourd’hui c’est une « warrior » que personne n’arrête.

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