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Je ne me considère pas comme une militante

Elodie, 32 ans, urbaniste

Qui est Élodie ?

J’ai 32 ans, je suis urbaniste, je pilote des actions de lutte contre l’habitat indigne et insalubre dans le 93 (Seine-Saint-Denis) et je suis membre de chorales de gospel.

Je suis très frileuse donc je tricote de la laine bien chaude à mes heures perdues et je suis bénévole écrivain public dans une association pour combattre l’exclusion à mon échelle.

Depuis 2 ans maintenant, je porte mes cheveux au naturel (c’est-à-dire sans traitement chimique de type défrisage) et en prends soin en utilisant des produits principalement naturels. On pourrait dire que je suis devenue vegan du cheveu !

Si on demandait à un proche de me décrire je pense qu’il dirait que je suis enjouée, que je ris très très très fort, que je suis douce (je dirais plutôt calme), patiente et créative (même si je ne pense pas être très créative).

Que représente pour vous le mot liberté ?

C’est avoir la chance de pouvoir penser librement et exprimer ce que l’on pense, c’est pouvoir se déplacer et faire ce que l’on veut sans qu’on tienne compte de notre nationalité, de notre classe sociale, etc…

Vous sentez-vous libre en ce moment ? 

Oui. J’ai la chance d’être née dans un pays où j’ai pu aller à l’école, où je peux m’exprimer, défendre mes idées, où j’ai le droit de chanter, de danser, de rire sans me soucier de ce que l’on va penser de mes faits et gestes. Un passeport grâce auquel je peux aller quasiment où je veux et donc m’ouvrir aux cultures. Donc oui, je me sens libre ! Après parfois on se met des barrières qui nous empêchent d’avancer dans la vie, mais ça, c’est un autre sujet !

Avez-vous un engagement de bénévole ?

Oui, je suis bénévole à la Croix-Rouge où je suis écrivain public.

Pouvez-vous nous décrire le rôle d’un écrivain public ?

Un écrivain public aujourd’hui c’est quelqu’un qui aide aux démarches administratives. J’aide principalement à remplir des formulaires administratifs, à rédiger des CV, à écrire des lettres de recours, etc… A l’époque, l’illettrisme était important et les écrivains publics pouvaient à la fois s’occuper d’actes administratifs ou d’échanges épistolaires. Il n’était pas rare qu’ils écrivent des lettres d’amour dictées par leurs « clients ».

Quelles relations entretenez-vous avec le bénévolat et le militantisme ?

Je ne me considère pas comme une militante, pour moi le bénévolat c’est la version soft du militantisme. Je ne me sens pas militante même si j’ai quand même des positions assez marquées sur certains sujets, notamment dans le domaine du social. On pourrait dire que je suis une sorte de « militante de l’ombre » dans la mesure où je fais du bénévolat et que j’essaie de faire avancer certaines petites choses à mon échelle.

Quelles sont, à vos yeux, les causes les plus importantes à défendre aujourd’hui ?

Il y en a tellement… Je dirais le droit à l’éducation quel que soit son sexe, le droit de se déplacer où l’on souhaite, le droit de s’exprimer sans craindre de se faire mettre en prison ou de se faire tuer pour ses propos.

Quand avez-vous su que le métier que vous faites aujourd’hui était le bon ?

C’est le hasard, je m’intéresserais initialement plutôt à tout ce qui était droit public. Il est vrai que je me suis toujours intéressée aux quartiers « défavorisés » mais je ne m’étais jamais dit que mon métier pourrait être en lien avec ce domaine. C’est suite à un stage en Seine-Saint-Denis que j’ai un peu côtoyé ce milieu et que je me suis rendu compte que c’était vraiment ce que je voulais faire.

Quels sont vos modèles ? 

L’abbé Pierre parce qu’il a œuvré dans un domaine qui me tient à cœur et dans lequel j’évolue chaque jour. Après, sans parler de modèles mais de personnes inspirantes, je pourrais citer Nelson Mandela pour son courage et son message de paix ; Chimamanda Ngozi Adichie  (j’ai beaucoup aimé son livre Americanah, c’est la première fois que je m’identifie au personnage principal d’un livre à ce point), le couple Obama, Chris Gardner (son histoire est racontée dans le film Pursuit of Happyness)…

Quel est le rôle de la musique dans votre vie ?

La musique me permet de m’exprimer, de m’épanouir, de m’amuser et m’a poussée à être un peu moins réservée. Elle m’a aussi permis de rencontrer des personnes chouettes.

Quel est le premier album que vous vous êtes acheté ?

Je pense que c’était un single, Personne ne saurait de Carole Frédéricks et les Poetic Lovers. Des Boyz II Men à la française avec la voix chaleureuse de Mme Fredericks, c’était un super combo. J’ai tellement chanté cette chanson !

Quels sont vos projets à court terme ? 

Des voyages ! Je vais organiser un projet de voyage avec ma chorale, un combo vacances et concerts. J’aimerais aussi m’organiser un voyage seule, découvrir une capitale européenne pour commencer (avant d’envisager les voyages plus lointains).

Les projets musicaux, quant à eux, doivent encore mûrir…

Si vous étiez libre de faire ce que vous voulez, sans contrainte ni de temps, ni de santé, ni d’argent, ni de situation géographique, quel serait votre choix ?

Je voyagerais pour rencontrer des gens, je découvrirais et j’apprendrais de leurs cultures. J’aimerais beaucoup organiser des projets culturels notamment musicaux pour faire se rencontrer des personnes de cultures totalement différentes et s’enrichir les uns les autres de ces moments de partage.

Que pensez-vous de tous ces réseaux sociaux ?

On considère aujourd’hui que les réseaux sociaux éloignent un peu les gens ; quand on regarde bien, Facebook par exemple, ne permet pas de lier les gens entre eux mais  de partager de l’info et des bons plans et je trouve ça plutôt cool. Pour tout ce qui est artistique, je trouve qu’Instagram est un réseau qui permet de développer la créativité, de donner des idées et de mettre en lumière certaines formes de talent.

Que pensez-vous des sites de rencontre ?

Ça peut être bien pour certaines personnes, pas pour moi.

Quel est le secret de la longévité du couple ?

Ce n’est pas un secret mais des secrets, à mon sens. Il faut de la communication dans le couple, de la complicité, il faut savoir prendre du recul sur soi et sur l’autre, tenir compte de son histoire et de son caractère et donc accepter la différence de l’autre. Après, il faut entretenir la relation au quotidien.

Quel a été votre premier ressenti lorsque que vous avez touché votre premier salaire ?

La reconnaissance : je trouve que j’ai eu beaucoup de chance de faire les études que je voulais dans un temps long ; même si ça n’a pas toujours été facile, mes parents ont permis que ce soit possible.

Quels sont les événements qui vous ont marquée dernièrement ? 

Dernièrement, il y a eu beaucoup de tueries, que ce soit aux Etat-Unis avec une énième tuerie dans une école ou en France avec le meurtre de Maëlys ou de la joggeuse dont je ne me souviens plus du prénom.

Quelle est votre vision du monde à présent, au regard de ces évènements ?

Le monde est violent, hypocrite, perdu… même si de belles choses se passent par ailleurs (heureusement).

L’idée du renouvellement vous inspire ? 

ça m’inspire autant que ça me stresse (mais le bon stress, enfin je crois). C’est excitant de se dire qu’il y a plein de nouvelles choses à découvrir, à faire, mais c’est aussi super flippant de sortir de sa zone de confort pour aller vers l’inconnu.

Pensez-vous que le renouvellement soit nécessaire ou important dans la vie ? Ou pensez-vous que c’est juste une idée ou un concept qui permet de tout refaire et tout jeter ?

Pour moi, le renouvellement ce n’est pas faire table rase du passé mais bien tenir compte des expériences passées pour en retirer le meilleur et avancer. C’est important, mais ça ne doit pas être un prétexte pour tout bazarder.

 

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